Foire aux questions (FAQ) sur les épaves potentiellement polluantes
1. C’est quoi une épave potentiellement polluante ?
Un navire ou un aéronef coulé qui contient encore des substances dangereuses pour l’environnement. Il peut s’agir de pétrole, de carburant, mais aussi de munitions, d’explosifs, de mercure, de plomb, d’arsenic ou encore de produits chimiques comme le gaz moutarde. Avec le temps, ces substances peuvent s’échapper dans l’océan et provoquer une pollution parfois importante.
2. Combien y a-t-il d’épaves potentiellement polluantes dans le monde ?
Les experts estiment qu’il existe plus de 8 500 épaves potentiellement polluantes dans le monde. La plupart datent des deux guerres mondiales. Ensemble, elles pourraient encore contenir jusqu’à 20 millions de tonnes de pétrole et d’autres substances dangereuses.
3. Est-ce que la France est concernée ? Existe-t-il un inventaire des épaves potentiellement polluantes présentes dans les eaux françaises ?
La France est concernée en raison de son immense domaine maritime et de son histoire maritime et militaire. Selon le SHOM, plus de 10 000 épaves sont recensées dans la seule zone comprise entre l’Irlande et la France. Toutes ne présentent pas un risque de pollution, mais il reste difficile aujourd’hui de savoir combien d’entre elles sont dangereuses.
C’est justement l’un des enjeux actuels : améliorer les connaissances sur ces épaves afin d’identifier celles qui nécessitent une surveillance ou une intervention prioritaire.
4. Avez-vous identifié des sites représentant des risques plus urgents ou plus élevés que d’autres ?
Toutes les épaves ne présentent pas le même niveau de risque. Les experts prennent en compte plusieurs critères : la quantité de polluants potentiellement présents, l’état de corrosion du navire, sa profondeur, ainsi que la proximité d’écosystèmes fragiles, de zones de pêche ou de populations côtières. Il n’existe pas à ce jour d’inventaire des épaves les plus dangereuses. L’objectif de The Ocean Foundation Europe et d’arriver à établir une « échelle de Richter » de la dangerosité et de l’urgence que représente chaque épave, pour prioriser les interventions.
5. Pourquoi ces épaves commencent-elles à inquiéter aujourd’hui ?
Parce qu’elles vieillissent. Beaucoup de ces épaves reposent au fond de l’océan depuis près de 80 ans. Sous l’effet de la corrosion, des micro-organismes, des tempêtes et parfois des activités humaines, leur structure s’affaiblit progressivement.
Pour exemple : à l’automne 2025, une fuite de pétrole provenant de l’épave du pétrolier japonais Shinkoku Maru, en Micronésie, a conduit les autorités locales à déclarer l’état d’urgence environnementale. Cet événement rappelle que de nombreuses épaves de guerre entrent aujourd’hui dans ce que les experts appellent la « décennie critique ».
6. Que se passerait-il si l’une d’elles se mettait à fuir ? Quels sont les risques ?
Les conséquences pourraient être importantes pour l’environnement, l’économie et les populations côtières.
Comme lors de précédentes marées noires, les hydrocarbures peuvent contaminer les plages, les marais, les herbiers marins et les zones de reproduction de nombreuses espèces. Ils peuvent provoquer la mortalité d’oiseaux marins, de poissons, de mammifères marins et affecter durablement la pêche, l’aquaculture ou le tourisme.
Certaines épaves contiennent également des munitions chimiques. Le gaz moutarde, par exemple, peut provoquer de graves brûlures de la peau et des yeux chez les pêcheurs qui remontent accidentellement des obus dans leurs filets.
7. Des épaves ont-elles commencé à fuir ? En France ?
Oui. Le risque n’est pas théorique.
En France, plusieurs épaves font l’objet d’une surveillance en raison de fuites observées ou redoutées. C’est notamment le cas de l’Alice Robert, au large de Port-Vendres (66) ou du Peter Sif au large de la Bretagne, qui ont fait l’objet d’opérations d’évaluation ou de sécurisation.
L’épave de l’Erika, dont une partie repose toujours au fond de l’océan après la catastrophe de 1999, continue de fuir et a nécessité récemment l’intervention de la Marine Nationale.
À l’international, plusieurs épaves potentiellement polluantes sont devenues des cas emblématiques. Le USS Arizona, coulé à Pearl Harbor en 1941, relâche encore aujourd’hui du pétrole. Le SS Jacob Luckenbach, au large de la Californie, a provoqué pendant des décennies une pollution chronique responsable de la mort de milliers d’oiseaux marins avant d’être dépollué. En Écosse, le cuirassé HMS Royal Oak fait l’objet d’une surveillance constante en raison de fuites d’hydrocarbures observées depuis plusieurs années. En mer Baltique, l’épave du pétrolier allemand Franken, coulée en 1945 au large de la Pologne, a ainsi fait l’objet de nombreuses alertes en raison des importantes quantités de carburant encore présentes à son bord.
8. Pourquoi ne retire-t-on pas simplement toutes les épaves dangereuses ?
Parce que ce serait extrêmement complexe et coûteux. Certaines épaves reposent à plusieurs centaines de mètres de profondeur et peuvent être très fragiles. Les déplacer pourrait parfois provoquer davantage de pollution que de les laisser en place. Chaque situation doit donc être étudiée au cas par cas.
9. Les épaves ne sont-elles pas devenues des refuges pour la vie marine ?
La grande majorité des épaves ne présentent pas de risque majeur de pollution. Beaucoup sont devenues des récifs artificiels qui abritent poissons, crustacés, coraux et autres organismes marins. Elles constituent également un patrimoine historique et culturel précieux.
L’objectif n’est donc pas de retirer toutes les épaves du fond des océans. Il s’agit d’identifier les quelques épaves qui présentent un risque important de pollution.
10. Existe-t-il des solutions pour éviter les futures marées noires ?
Oui. Les scientifiques et les autorités peuvent surveiller les épaves, évaluer leur état et intervenir avant qu’une fuite ne se produise.
Dans certains cas, il est possible de pomper les hydrocarbures encore présents dans les réservoirs. Dans d’autres, des opérations de colmatage ou de confinement permettent de sécuriser certaines parties du navire fragilisées par la corrosion. Des systèmes de suivi peuvent également être installés pour détecter rapidement l’apparition de fuites. L’objectif est d’agir avant la catastrophe plutôt qu’après.
11. Combien coûte la dépollution d’une épave ? Est-ce plus cher que d’attendre une marée noire ?
La dépollution d’une épave peut coûter plusieurs millions d’euros. Cela représente un investissement important, mais souvent bien inférieur au coût d’une marée noire.
Lorsqu’une pollution survient, il faut financer les opérations d’urgence, le nettoyage des côtes, les indemnisations et la restauration des écosystèmes. Sans parler des pertes inestimables. Pour de nombreux experts, prévenir une catastrophe coûte généralement moins cher que la réparer.
12. N’existe-t-il pas des règles internationales pour gérer ce risque ?
Il existe plusieurs textes internationaux, dont la Convention de Nairobi sur l’enlèvement des épaves. Cependant, ces règles ont principalement été conçues pour les épaves récentes qui représentent un danger pour la navigation. Elles ne répondent pas entièrement au défi posé par les milliers d’épaves historiques potentiellement polluantes présentes dans les océans. C’est pourquoi de nombreux experts appellent aujourd’hui à renforcer la coopération internationale sur ce sujet.
13. Quelle est l’urgence à agir ?
Les experts estiment que nous sommes entrés dans une période décisive.
La plupart des épaves issues des deux guerres mondiales ont aujourd’hui entre 80 et 110 ans. Or les phénomènes de corrosion s’accélèrent avec le temps.
C’est ce que les spécialistes appellent la « décennie critique » : une période au cours de laquelle le risque de fuites majeures pourrait augmenter fortement dans plusieurs régions du monde.
14. Pourquoi ne savait-on rien de tout ça avant ?
Parce que ces épaves sont invisibles. Elles reposent parfois à plusieurs centaines de mètres de profondeur et sont restées relativement stables pendant des décennies.
15. Que fait The Ocean Foundation Europe sur ce sujet ?
The Ocean Foundation Europe sensibilise les citoyens, accompagne le dialogue entre experts, scientifiques et autorités, soutient le partage de connaissances internationales et plaide pour une meilleure identification des épaves à risque.
Son objectif est d’encourager une approche préventive afin d’éviter les futures pollutions avant qu’elles ne surviennent.